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En achetant Linkedin, Microsoft concurrence moins Facebook que Harvard, Oxford ou HEC

En achetant Linkedin, Microsoft concurrence moins Facebook que Harvard, Oxford ou HEC

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26 milliards, c’est la somme payée par Microsoft pour acheter Linkedin. Depuis ce matin, les médias présentent au grand public Linkedin comme un Facebook professionnel. Facebook revendique plus d’un milliard d’utilisateurs actifs quand Linkedin enregistre un chiffre juste supérieur à 100 millions.

26 milliards de dollars pour concurrencer Facebook avec un service non profitable destiné aux professionnels, même quand on s’appelle Microsoft, il y a un doute sur l’objectif. Cette somme impressionnante trouve certainement son explication ailleurs.

 

Microsoft-LinkedinLinkedin est un réseau social professionnel qui contient une fonctionnalité inexistante dans Facebook: les compétences. Chaque utilisateur peut indiquer dans sa fiche quelles sont ses compétences. Bien sûr, ce n’est que déclaratif. Mais, à cela s’ajoute la possibilité pour d’autres utilisateurs du réseau social de valider chaque compétence. Ça prend alors une tout autre valeur. Quand un recruteur cherche le mouton à 5 pattes aux compétences multiples et surtout variées, Linkedin lui apporte une solution. Il suffit d’entrer l’ensemble des compétences recherchées et Linkedin propose une liste de personnes ayant indiqué les avoir. Il suffit ensuite de regarder le profil des quelques personnes ayant validé chaque compétence pour avoir une idée de la réalité ou non de la compétence. Évidemment, l’accès à ce mode de recherche pour les recruteurs est vendu par Linkedin.

L’univers professionnel est bousculé par le Digital, tant dans les organisations que dans les nouvelles compétences que doivent intégrer ces organisations.  Un professionnel doit être en veille continue sur son métier. Les lignes changent en permanence et être dépassé est vite arrivé. Dans les métiers des technologies de l’information, c’est natif. Chaque jour, une technique ou un service vient détrôner le roi de la veille. Il faut suivre. Qui se rappelle MyPlace ou SecondLife  pourtant les réseaux sociaux leaders faisant la une des journaux, il y a moins de 10 ans ? Il en est de même pour les aspects purement techniques. Les jeux vidéo qui nécessitaient un gros ordinateur de bureau il y a quelques années pour tourner convenablement, fonctionnent aujourd’hui sur des smartphones avec un rendu parfait. La formation professionnelle peut-elle suivre cette évolution ?

En réalité, dans une entreprise informatique ou Internet, un développeur mis face à une nouveauté aura comme réflexe de regarder sur Internet s’il existe des articles ou des tutoriels expliquant son fonctionnement et son utilisation. Ensuite, il en viendra à faire un projet pilote sur lequel il pourra se faire la main. En cas de difficulté, il fera appel à des forums de discussions. Une fois le projet terminé, il le soumet à la collectivité pour le tester et lui suggérer des pistes d’amélioration. En fin de compte, sur son profil Linkedin, il pourra inscrire une nouvelle compétence qui sera validée par ses pairs.  Ensuite, fort de cette expérience, il la partagera sur Internet en répondant aux questions d’autres développeurs. C’est la pédagogie à l’heure du 2.0, une pédagogie participative, communautaire et terriblement réactive face aux évolutions du marché.

La réponse actuelle du monde universitaire au Digital est la création de MOOC (Massive Open Online Course). Ce sont des cours en ligne réalisés par des enseignants. Ils permettent de suivre un cursus à tout moment où qu’on se trouve afin d’obtenir ensuite une certification de l’université. Toutes les grandes universités de par le monde développent leur MOOC. C’est un moyen de s’exporter en dehors de sa zone d’implantation physique. Ce passage du lieu réel au Digital, est très exactement ce qu’a initié AMAZON pour le commerce, devenu le e-commerce. Le Digital dématérialise l’activité qui s’affranchit ainsi des frontières de l’espace et du temps. Avec les MOOC, où qu’il se trouve et quand il le désire, un apprenant peut suivre un cours d’Havard et obtenir une certification.

Rappelons qu’en même temps qu’Amazon, un autre service s’est lancé : EBay. La fonction de base est la même « VENDRE », mais l’approche est très différente. AMAZON a exactement la même chaine de valeur que la FNAC : des fournisseurs, un catalogue, des clients, du stock, de la logistique, du SAV. EBay permet juste à quelqu’un qui a quelque chose à vendre de pouvoir le faire auprès de la personne qui veut acheter. Le vendeur d’un jour peut être acheteur le lendemain. Ce qu’on oublie souvent, c’est la fonction de certificateur de EBay. Chaque vendeur est évalué par ses acheteurs…et chaque acheteur est évalué. Il est un certificateur qui rend la relation possible. EBay est rentable depuis sa première année et présent dans plus de 43 pays au bout de 3 ans d’existence. AMAZON a eu du mal à développer son activité dans beaucoup de pays et était encore en perte en 2014. Sa rentabilité est sauvée, entre autres, par son activité de place de marché directement concurrente de EBay…

Revenons à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle, le MOOC oblige une institution à investir dans la création d’un cours, qu’elle met en ligne GRATUITEMENT, sur lequel elle doit consacrer un budget de communication pour enfin vendre de la certification. Dans le même temps, sans que cela ne lui coute un centime en cours ou en validation, Linkedin monétise l’accès via ses outils à la base de certification qu’elle s’est constituée. Les grandes institutions multiplient les MOOC pour élever des barrières aux ambitions de nouveaux entrant. C’est considérer qu’en dehors de dispenser un savoir, le valider et le certifier il n’y a pas d’autres choix.

L’alternative à l’enseignement supérieur et à la formation continue se trouve dans ces nouveaux usages et ses nouvelles plateformes. Les concurrents directs des grandes marques du supérieur (HEC, HARVARD, OXFORD…), ce sont YouTube pour les tutoriels, les forums pour la communauté et Linkedin pour la certification. Il y a fort à parier que d’autres plateformes à l’image d’un EBay de la formation verront le jour. Car à l’image d’EBay qui fait que le vendeur d’un jour peut être l’acheteur du lendemain, sur ce genre de plateforme, l’apprenant d’un jour peut être celui qui délivre un savoir le lendemain.

Evidemment, la formation telle qu’elle est dispensée aujourd’hui garde une position dominante. Mais il ne faudrait pas que ces acteurs laissent émerger la Pédagogie 2.0 sans en être un acteur, retranché derrière les murs de la forteresse qu’ils ont érigée. L’exemple d’autres secteurs devraient leur servir. Les taxis dont la carte professionnelle devaient être la protection ont laissé le VTC et UBER prendre tellement de place qu’il n’y retrouve plus la leur. Dans le domaine de l’audiovisuel, il en est de même. Les grands groupes ont protégé leur gâteau publicitaire sur les chaînes TV sans réussir à entrer pleinement sur le marché de la publicité Internet. Or, en 2016, le marché publicitaire Internet dépassera celui de la TV en France avec comme principaux acteurs des entreprises mondiales telles que Google et Facebook.

Les grandes mutations dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle sont en marche.C’est un enjeu planétaire dans lequel Microsoft, en rachetant Linkedin, vient de prendre place avec force.

 

 

 

 

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