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James Bond et le Dirigeant : « presque 007 » points communs – Episode 2

James Bond et le Dirigeant : « presque 007 » points communs – Episode 2

Illustration rappelant l’ouverture des films de James Bond 007 pour illustrer l’article de Laurent Fonnet « James Bond et le Dirigeant épisode 2"Facebooktwitterlinkedinmail

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Pour rappel, sans être un dirigeant lui-même, James Bond 007, le plus célèbre des agents secrets, a des points communs avec ce métier.

  • Il a un objectif clairement identifié (sauver le monde).
  • Comme le Dirigeant, il est soumis à une très forte pression (temps limité pour réussir, avec un minimum d’informations), dans un contexte hostile (ennemis intelligents, voire hyper-intelligents, pervers, puissants, excessivement bien organisés avec des équipements modernes et innovants).
  • Et enfin, il est seul.

Son succès depuis près de 60 ans et, bientôt, 25 missions, peut-il être une source d’inspiration pour le dirigeant ?

Dans le 1er épisode, nous nous sommes intéressés à la relation de James Bond avec ses collaborateurs. Nous allons maintenant analyser son comportement dans l’action et celui de ses concurrents/le « méchant ».

Le Comportement dans l’action, la concurrence

Une des caractéristiques de l’agent 007 est son équipement en gadgets fournis par les services de Q. Chacun a en mémoire la DB5, avec sa 1ère apparition dans Goldfinger, et toutes les autres voitures, notamment la Lotus Esprit de Rien que pour vos yeux1, la BMW  750iL de Demain ne meurt jamais2 ainsi que les différents modèles de montres équipées de champs magnétiques et lasers. 

Mais avant tout, il a le réflexe permanent de saisir les opportunités en innovant et en sortant du cadre, mais sans rejeter les anciennes méthodes et toujours focalisé sur l’objectif.

007 saisit les opportunités…

007 retourne les situations car il saisit toutes les opportunités pour surprendre l’adversaire, détourner son attention, faire diversion et soit le neutraliser, soit lui échapper. L’important est d’agir vite, en prenant l’initiative, en s’adaptant au contexte.  

C’est dans les poursuites, en voiture, bateau, ski… qu’il applique systématiquement cette approche, car, en général, il ne connaît pas le terrain. Mais il exploite la géographie des lieux pour créer des obstacles à ses poursuivants ou se protéger de leurs attaques ; il est alors en mode réflexe. Au cours de la la poursuite en bateau de Vivre et laisser mourir, dans les bayous de Louisiane, il change régulièrement de cours d’eau et saute au-dessus d’un pont. Dans celle (hors-bord avec option sous-marin) du début de Le Monde ne suffit pas, il prend un raccourci par un canal et saute sur le Dôme du millénaire de Londres. Dans la poursuite en camion, à la fin de Permis de tuer, il utilise un remblai de la route pour mettre l’engin sur deux roues et éviter le missile tiré par l’ennemi.

Ainsi que dans les combats à mains nues. Lorsqu’il se bat contre quatre hommes de mains au casino de Macao, sa 1ère arme est la valise contenant les 4 M€, car c’est tout ce qu’il a sous la main (Skyfall). Et dans le pré-générique d’Opération tonnerre, il tue avec un tisonnier le Colonel Jacques Bouvard, déguisé en sa veuve. Dans l’escalade du monastère de Saint-Cyril, il tue au lancer de piton son adversaire (Rien que pour vos yeux).

Innove…

Pour 007, l’innovation ce sont les gadgets, souvent non limités à une seule fonction.

En situation d’approche et d’observation, il les utilise, souvent, dans leur fonction principale :

  • Ascension du building de Willard White avec le pistolet-piton (Les diamants sont éternels) ,
  • Approche du QG de Gustav Graves en Aston Martin Vanquish invisible (Meurs un autre jour),
  • Observation de l’action dans le bureau de Max Zorin depuis les jardins de Chantilly avec les lunettes à verres anti-reflets (Dangereusement vôtre).

Mais aussi en situation critique :

  •  Usage du laser de sa montre pour sortir par le plancher du train blindé d’Alec Trevelyan (GoldenEye), mais aussi de la fléchette commandée par son poignet dans la centrifugeuse d’essais de vols (Moonraker), du siège éjectable de la DB5 au début de la poursuite dans le site industriel suisse (Goldfinger) ;
  • Activation de l’explosif de sa montre quand il est ligoté dans le fauteuil de dentiste et torturé par Blofeld (Spectre), du signal brise-glace de sa montre également pour tomber à l’étage inférieur quand Miranda Frost va lui tirer dessus ou récupérer Jinx en hypothermie en brisant le pare-brise de sa voiture, pourtant à l’épreuve des balles… (Meurs un autre jour).  

Et n’hésite pas à sortir du cadre

James Bond se sort de situations dangereuses et périlleuses, non pas en appliquant la règle et les procédures, mais en osant des approches inattendues qui surprennent l’adversaire, détournent son attention et font diversion.

A cette occasion, il peut utiliser des gadgets que lui a fourni Q,. Mais, dans ces situations sous forte pression, il les détourne souvent de leur fonction initiale :

  • Utilisation du capot de la voiture d’hyper-vitesse pour surfer dans l’océan Arctique (Meurs un autre jour), de l’étui et du violoncelle de Kara pour dévaler une piste enneigée (Tuer n’est pas jouer) ;
  • Saut dans le vide à moto pour s’introduire dans un avion en chute libre dans le pré-générique de GoldenEye ;
  • Mort par explosion de Kananga, à la fin de Vivre et laisser mourir, en lui faisant avaler une balle anti-requin qu’il a activée.

007 ne rejette pourtant pas les anciennes méthodes

Sortir du cadre, c’est aussi continuer à pratiquer les anciennes méthodes qui ont fait leurs preuves, si c’est adapté. Et surtout quand il ne reste qu’elles pour continuer la mission.

C’est de plus en plus vrai dans les derniers films de Daniel Craig. Le summum est le climax de Skyfall où, avec l’aide des deux seniors (M et Kincade), il élimine la bande de tueurs de Silva avec des méthodes archaïques (bâtons de dynamite, bonbonnes de gaz, fusil de chasse à canon scié). Et lorsqu’il le tue par un lancer de couteau de chasse, alors que l’ennemi dispose d’un armement sophistiqué et en nombre très supérieur.

007 lui-même est classé comme « hors-service » dans ces films, et pourtant il triomphe de la menace moderne et sophistiquée. 

En pleine action, James Bond ne privilégie pas telle ou telle approche, il les cumule.

  • Skyfall : s’il utilise sa parfaite connaissance du terrain et la surprise3 pour tuer un maximum d’assaillants, il a auparavant, avec l‘aide de Q, utilisé la technologie des réseaux pour attirer Silva au manoir ;
  • Goldfinger : il innove avec l’emploi des fonctionnalités de la DB5, le jet d’huile, le bouclier arrière pare-balles pendant la poursuite en forêt, le siège éjectable pour se débarrasser du garde sud-coréen à l’entrée des entrepôts en Suisse, puis les mitraillettes pendant la poursuite dans le site ; mais dans son combat contre Oddjob, dans la salle des réserves de Fort Knox, il l’électrocute en saisissant l’opportunité du chapeau melon, au bord en acier, fiché entre deux barreaux métalliques et sort du cadre en y connectant le câble électrique sectionné à l’instant précédent par le même chapeau.

Mais surtout, il n’oublie jamais l’objectif.

James reste focalisé sur l’objectif

Toutes les missions commencent par une recherche d’informations pour identifier l’ennemi. Cette phase occupe une partie importante des films, elle est essentielle. Il cherche avant tout à collecter des informations. Le recoupement de celles-cilui permettra de comprendre l’objectif et trouver comment le contrer et l’éliminer. 

  • Dans Goldfinger, James Bond rentre en contact, au golf, avec Auric Goldfinger pour « sentir » l’homme. Puis le suit à distance jusqu’en Suisse pour identifier ses contacts (coréens) et ses projets (l’Opération Grand Chelem) ; c’est lorsqu’il a identifié la cible (Fort Knox) et les vraies intentions de Goldfinger qu’il comprend le péril de l’explosion nucléaire et du gaz mortel ;
  • Afin de connaître le destinataire final d’un trafic de diamants, Willard Whyte (Les diamants sont éternels), il remonte la filière des passeurs. Il identifie alors Blofeld et l’usage qu’il a fait de l’empire de White pour construire le laser-satellite ;
  • Au début de Meurs un autre jour, il cherche d’abord à comprendre les motivations et l’organisation de Gustav Graves. Il n’hésite pas à comparer ses informations avec celles de Jinx, qui a un regard différent sur le sujet ;
  • Dans Vivre et laisser mourir, il observe à distance Kananga à New-York. Puis il se rend sur l’île de San Monique pour y découvrir les plantations de pavots. Mais c’est Kananga, sous le déguisement du truand Mr. Gros Bonnet, qui lui révèle ses objectifs de dumping et de monopole de la drogue.

Parfois, c’est lorsqu’il est prisonnier, et avant sa mise à mort, que le méchant explique à Bond son objectif. Pour qu’il ne meure pas dans l’ignorance et satisfaire ainsi sa mégalomanie en lui exposant son grand dessein et sa réussite :

  • Par exemple, Hugo Drax, dans Moonraker, alors que Bond et Dr. Goodhead sont sous le réacteur du moonraker n°5 avant son allumage ;
  • Ou le Dr. No, lors du dîner avec ce dernier qui espérait le rallier au SPECTRE4 ;
  • Ou encore Blofeld dans On ne vit que deux fois.

Cependant, il n’est pas toujours nécessaire de connaître l’objectif de la concurrence

007 n’a pas besoin de comprendre le dessein du méchant pour continuer à avancer. Il s’adaptera quand il aura identifié la cible précise avec pour seul objectif la destruction des moyens nécessaires à la réussite du méchant. 

Car dans la phase finale, l’objectif est toujours la destruction des moyens du méchant. Et toute l’action est focalisée sur ce point, à tout prix, même en mettant sa propre vie en danger. Cette approche est illustrée par le grand nombre de scènes où l’engin explosif est détruit à quelques secondes (souvent « 007 ») de l’explosion : Goldfinger, Octopussy, Meurs un autre jour, On ne vit que deux fois, L’espion qui m’aimait.

Dans la concurrence entre entreprises, l’objectif de l’adversaire est souvent connu. Ce sont les produits en développement et la tarification qui sont souvent inconnus et qu’il peut être utile d’anticiper.

007 nous rappelle que nous ne sommes jamais seuls sur un marché ! Et que la concurrence n’a pas que des bonnes intentions et des méthodes traditionnelles. 

Le « Méchant » (l’ennemi) de 007

Une organisation très structurée, efficace, orientée vers l’objectif

Tous les méchants5 sont à la tête d’une organisation de grande taille, aux méthodes remarquables et efficaces, avec des collaborateurs dévoués au chef et disposant d’un équipement moderne et sophistiqué. Ils sont dans des secteurs très variés : 

  • Hugo Drax : espace, construction de navettes et stations spatiales ;
  • Karl Stromberg : armateur et laboratoire de recherche sur la vie sous-marine ;
  • Max Zorin : production de semi-conducteurs, haras ; 
  • Ernst Stavro Blofeld (Aux services secrets de sa majesté) : recherche médicale sur les virus ;
  • Willard White/Ernst Stavro Blofeld (et sosies) (Les diamants sont éternels) :  satellites et conquête spatiale ;  
  • Ernst Stavro Blofeld (Spectre) et Raoul Silva : les réseaux numériques d’information ;
  • Elliot Carver : empire mondial de médias ; 
  • Dominique Green : ressources écologiques, pétrole et distribution d’eau.

Et pourtant, il échoue

Le méchant est atteint de mégalomanie.

  • Dès la première rencontre entre lui et 007, sa posture est celle d’un dominant, convaincu de sa supériorité.
  • Très souvent il ne serre pas les mains (Karl Stromberg, Hugo Drax).
  • Parfois, ce premier contact physique est l’occasion d’un « combat » avec Bond (Auric Goldfinger au golf, Gustav Graves au cercle d’escrime, Hugo Drax au tir aux pigeons). Et sa défaite entraîne une rancœur face à cette humiliation qui va provoquer une obsession subjective à tuer 007.

Quant au Ernst Stavro Blofeld de Au service secret de Sa Majesté, il exige sa reconnaissance comme « Comte Balthazar de Bleuchamp »6.

Pour prendre un autre exemple, l’accueil dans la station spatiale des équipages des moonrakers par Drax est un modèle de mégalomanie. Il veut en effet créer une nouvelle humanité parfaite, comme Stromberg avec une nouvelle civilisation sous-marine (L’espion qui m’aimait). Et la description par Carver de la puissance de son groupe de médias qui domine le monde par l’information, jusqu’à parfois la créer, est aussi digne d’anthologie (Demain ne meurt jamais)

Il ne prête pas attention aux détails, convaincu de l’efficacité de son organisation.

Ainsi, le « Comte Balthazar de Bleuchamp » est bien trop occupé à chercher à séduire Tracy au sommet du Piz Gloria pour en faire « sa » comtesse7 pour prêter une réelle attention au survol du site par des hélicoptères soi-disant de la Croix rouge. Alors que Tracy reconnaît bien la voix de son père (Marc-Ange Draco) et comprend qu’avec James et ses hommes de main, ils arrivent pour attaquer le QG de Blofeld et la sauver (Au service secret de Sa Majesté)

Dans Spectre, Blofeld est trop impatient de faire souffrir James avec ses mini-perceuses de dentiste et et de faire ses révélations à Madelaine Swann sur la mort de son père, Mr White, pour penser à lui retirer ses éventuels gadgets, notamment sa montre. Ce qui va permettre à 007 de renverser la situation avec la complicité de Madelaine. 

Cependant, le méchant a, quand même, le réflexe d’un plan B. Il prévoit, souvent, une sortie de secours pour lui-même (Blofeld au QG de Spectre au Maroc, au Piz Gloria, Stromberg et Drax dans leurs stations sous-marine et spatiale). Cependant, il n’arrive pas toujours à l’utiliser à son bénéfice, James l’ayant éliminé avant. Mais elle peut, en revanche, servir à 007 pour s’extraire du QG en feu. 

Car il délègue une tâche capitale… l’élimination de James Bond.

En effet, Carver confie celle-ci au Docteur Kaufman, qui ne réussit qu’à tuer sa femme adultère, Paris, puis à Stamper, son homme de main psychopathe (Demain ne meurt jamais) ; Goldfinger la confie à Oddjob ; Graves à Zao (Meurs un autre jour).

Tous ces collaborateurs sont compétents, a priori aptes à réussir, mais cet enjeu vital devrait être dirigé/réalisé directement par « le patron ». 

En effet, le méchant a une attention limitée aux attentes de ses collaborateurs8.

Voire, parfois, il ne les respecte pas et n’hésite pas à les sacrifier ; ils apportent alors leur aide à James Bond. 

  • Par exemple, May Day, quand Zorin la laisse dans le tunnel inondé avec la bombe amorcée. Elle décide de se sacrifier en restant sur le chariot qui la transporte, pour libérer le frein et permettre l’explosion à l’extérieur. Et ainsi faire échouer le plan d’inondation de la Silicon Valley – « je pensais qu’il m’aimait … » – (Dangereusement vôtre).
  • Tric-Trac9 aide 007 à tuer Scaramanga dans la salle des miroirs (L’homme au pistolet d’or).

James Bond 007 will return… dans l’épisode 3, l’Humain

Laurent Fonnet

***

Notes et tableaux récapitulatifs

1 Amphibie, lanceuse de missiles et de mines sous-marine. Le James Bond de Roger Moore ne pilotera jamais la DB5. C’était une exigence de l’acteur afin de se démarquer de Sean Connery

2 Télécommandée avec un smartphone

3 Mitraillettes de la DB5

4 Service Pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l‘Extorsion – Special Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion

5 Sauf Scaramanga et Kristatos qui sont des truands

6 Blofeld en français, selon lui

7 Elle lui rappelle « qu’elle l’est déjà ! » pour le provoquer

8 Cf. § sur les attentes des collaborateurs épisode 1

9 Hervé Villechaize

👉 Retrouvez ici les tableaux récapitulatifs des films, avec les « méchants », les James Bond Girls, les menaces

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2 Responses

  1. […] James Bond will return … avec le 2ème  épisode : le comportement dans l’action, la concurrence […]

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